mercredi 19 mars 2008

QUELQUES REGLES DE SAVOIR VIVRE QUEBECOISES

Souvent, on croit que les règles de politesse, c'est logique, ça va de soi. Si ça va de soi, c'est donc que c'est partout pareil...
C'est vrai, me direz-vous que lorsqu'on parle de pays éloignés, comme le Japon par exemple, on est plus enclins à imaginer que c'est différent. Lorsque l'on arrive sur le continent nord américain, qui plus est au Québec où l'on parle la même langue que chez nous, l'immigrant français peut croire que les règles de politesse sont transférables. C'est en partie à cause de ça que les québécois nous appellent les maudits français et que les français trouvent les québécois malpolis.
En fait, tout est une question de norme culturelle et, le problème, c'est que ces normes sont rarement explicites. Pour le nouvel arrivant, il faut donc détecter la différence, l'analyser (pour comprendre les contextes, les significations) pour ensuite pouvoir (ou non, c'est pas forcément évident) l'appliquer.
Je me contenterai aujourd'hui de parler de normes simples à identifier et analyser (je suis loin d'avoir détecté toutes les différences et encore moins de les avoir correctement analysées...)

Première chose (qui peut agacer fortement!!!) : ils ne tiennent jamais la porte quand tu arrives derrière eux. Ou alors, c'est que tu les suis de (très) près (autant dire que dans ce cas-là, tu as déjà ton pied qui retient la porte). Quand on sait que les portes des bouches de métro sont terriblement lourdes (et je pèse mes mots!) et qu'il faut pousser avec l'épaule parce si tu pousses avec la main, tu n'es pas prêt de prendre le métro... cette habitude étonne encore plus.
En fait, ça s'explique un peu cette façon de faire. La distance à laquelle les québécois s'approchent pour parler est plus grande que la notre et lorsqu'ils sont dans des lieux publics, cette distance s'exprime par d'autres moyens comme celle de ne pas tenir la porte pour ne pas gêner la personne derrière soi.
Pour être plus claire : en France, si qqn vous tient la porte alors que vous êtes encore à 5m derrière la porte. C'est gentil, certes, mais ça vous oblige à presser le pas pour ne pas le faire attendre. Or, vous n'avez pas nécessairement envie d'entrer en contact avec les gens autour de vous. N'avez-vous jamais regarder complètement ailleurs pour que la personne devant vous ne risque pas de vous tenir la porte? Ici, c'est pareil, sauf que la distance à laquelle ils se trouvent gênés qu'on leur tienne la porte c'est 50cm. (Un français m'a raconté qu'il avait tenu la porte à une femme qui arrivait avec une poussette. Il savait qu'ici on ne tient pas vraiment les portes, mais il n'avait pas le coeur de laisser la porte se refermer devant la poussette. La femme a choisi de prendre la porte d'à côté... elle était gênée que cet homme lui tienne la porte!)

Cette habitude n'est donc absolument pas le fait d'être malpoli, c'est simplement le fait de respecter l'espace individuel, l'espace "intime" en quelque sorte, de chacun.

Et bien, c'est difficile de s'habituer à ne pas tenir la porte. En fait, le truc, c'est qu'il ne faut pas se retourner pour regarder s'il y a qqn derrière soi. Et ça, j'ai mis vraiment du temps à m'y faire, mais maintenant, je suis une vraie québécoise : je ne tiens jamais les portes!! :-) 9a va être le fun de revenir en France, je vais me faire détester des vieilles dames!!! :-)

Deuxième petite règle qui a la même explication que la précédente : on ne dit pas bonjour aux gens qu'on ne connaît pas même si on rentre dans un petit espace tel que l'ascenceur ou si on les croise dans le hall de son immeuble. Je me suis heurtée à 2 ou 3 silences qui m'ont bien vite fait comprendre la règle. Je ne me suis pas offusquée, au contraire, je me suis renseignée pour savoir si, effectivement, j'avais bien compris comment ça se passait.
Certains français (je ne parle uniquement de ce que je connais, je ne sais pas pour les autres immigrants) en déduisent que les québécois sont malpolis. Non, bien sûr que non, ce sont des règles différentes. Et d'ailleurs, quand tu croises souvent ton voisin ou que tu as été amené à lui parler pour x ou x raison (je ne sais pas vraiment lesquelles d'ailleurs), tu vas finir par lui dire bonjour.
Ce pourquoi ils ne se disent pas bonjour, est donc, comme je disais, le signe qu'ils respectent la zone personnelle, en n'ayant d'ailleurs pas même un regard aux personnes croisées. Si tu ne te regardes pas, tu ne te dis pas bonjour, c'est logique. C'est la même chose dans les ascenceurs où on est confinés dans un petit espace, trop petit pour respecter la distance minimum. Pour recréer cette distance, tout le monde regarde en l'air. Et comme personne ne se regarde, personne ne se dit bonjour. Bon, en tant que française, j'ai dit une fois bonjour dans un ascenceur, et je me suis bien vite aperçu que ça ne se faisait pas! Je n'ai jamais recommencé.

Cependant, je reconnais que dans l'immeuble, j'ai eu du mal de ne pas dire bonjour et encore, pas plus tard que la semaine dernière, un "bonjour" (du bout des lèvres du coup) m'a échappé. Mais, je m'étais retourné croyant que ça pouvait être le concierge. Non, c'était une personne que je croise régulièrement, mais ce n'est pas pour ça que j'avais à lui dire bonjour. Nos regards se sont croisés, je n'ai pas su ne pas dire bonjour! Les réflexes sont difficiles à oublier.

Par contre, les québécois font la "ligne" pour rentrer dans le bus (je vous en avais déjà parlé) et je pense que l'amas de français qui se bousculent pour rentrer dans un bus parisien doit leur sembler bien primitif et sans aucune courtoisie !!

Pour ce qui est de dire bonjour aux gens qu'on ne connaît pas, il y a d'autres aspects intéressants. Qui en France ne s'est pas retrouvé à faire la bise à un parfait inconnu croisé dans la rue parce que c'est un ami de la personne avec qui il se promène? Et ce, même s'il y a peu de chances qu'il le revoie un jour. Je sais, c'est pas systématique, mais ce n'est pas rare.
Si c'est à une petite soirée chez des amis communs, avec quelques personnes, là, la question ne se pose plus : même si vous ne connaissez pas, vous faites la bise. Pas un québécois. Il dit bonjour, comme ça, de loin, ou sert la main, mais il ne fera jamais la bise. Voire même, s'il y a un peu plus de monde, il ne dit pas bonjour.
Et les québécois regardent notre habitude d'un regard amusé teinté d'incompréhension.
Pire, imaginez, être obligé de faire la bise à une fille qu'on n'aime pas parce que c'est la copine d'une copine (anecdote d'une québécoise en France). Complètement impensable!

Illustration d'une soirée récente. Petit dîner avec français et québécois ne se connaissant pas. Le mec québécois, au moment de dire au revoir, m'a fait la bise (on se connaissait d'avant). Par contre, aux français qu'il ne connaissait pas, il a juste dit "bye". Même s'il avait passé une petite soirée avec eux . C'est vrai, il n'était pas resté longtemps, mais quand même, un français aurait fait la bise. On voit la différence de culture, d'habitude.

J'aime bien regarder ces petits trucs-là!

Dans une entreprise, quand vous arrivez le matin, vous faite généralement le tour du service, pour dire bonjour à tout le monde. Vous passez dans les bureaux, vous faites un petit coucou, un serrage de main, la bise si vous vous connaissez mieux (j'ai eu beaucoup de mal l'année dernière à faire ça tous les matins...). C'est impensable au Canada. C'est considéré comme un dérangement (elle est moche cette phrase... mais je le garde! :-)). Tu viens interrompre le travail de l'autre inutilement. Quand les gens se croisent par la suite, ils se disent bonjour bien sûr, mais quel intérêt d'aller faire le tour des personnes le matin? (je suis bien d'accord avec eux!!)
à côté de ça, quand tu vas voir un québécois à son bureau pour lui poser une question, il s'interrompt complètement et est tout à toi pour ce que tu as à lui dire. Plus facilement qu'un français.

D'ailleurs, une règle de courtoisie élémentaire, au Québec, c'est l'amabilité, dans toutes les circonstances. Voire l'enthousiasme. Ce qui fait que nous trouvons les québécois très accueillants et aimables, que ce soit dans les magasins, dans l'administration ou toute personne à qui on s'adresse.
Cela peut poser problème parfois. En effet, on trouve les québécois toujours aimables et on ne détecte absolument pas les signes de désintérêt de leur part. Difficile de déterminer si la personne continue à te parler parce qu'elle apprécie la conversation ou parce que c'est de la bienséance de ne pas montrer d'impatience. J'imagine que malgré leur enthousiasme de façade il doit y avoir des signes qui ne trompent pas, pour un oeil exercé... un oeil exercé et habitué seulement...

1 commentaire:

  1. Très intéressante cette étude de comportement. J'en aurais bien lu plus long !! Tu l'as découvert toute seule ou bien on t'a expliqué ?

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