C'est ainsi qu'un député UMP, Pierre Lasbordes, également Président du groupe d'amitié France-Québec (!!) a accueilli le premier ministre québécois Jean Charest... ce qui a fait un sacré pataquès au Québec... des dizaines d'articles à ce propos, tantôt choqués, amusés ou consternés.
Jean CharestLe député croyait simplement dire, en québécois : "pas trop fatigué ?". Seulement voilà, c'est très familier et inusité. Dommage. Pour l'accueil québécois, on repassera.
Au premier abord, sans explication, et comme tout le monde semblait s'accorder sur le caractère vulgaire de l'expression, j'ai pensé à la traduction : avoir les testicules à terre. Non, pas vous?? Je sais pas, peut-être que j'ai pensé à ça d'après la sonorité du mot "plotte", ça ressemble au bruit d'un truc mou qui tombe à terre, non??? Remarquez, je n'ai jamais entendu le bruit d'un testicule tombant à terre... bref, je m'égare!
Revenons à la signification du mot "plotte". Pas facile de trouver une explication, car tous les sites contenant ce mot sont les articles relatant cet épisode et leurs nombreuses réactions. Et aucun n'explique le mot "plotte". J'ai quand même trouvé, dans le "
Lexique du français québécois" sur
Wikipédia, l'explication suivante (et je n'étais pas loin) :
Plotte : sexe féminin (aussi sens figuré) Commentaire : Chercher de plotte à satisfaire (allusion aux relations sexuelles, se dit aussi chercher du cul à satisfaire)On est dans le même registre...
J'ai également trouvé sur le blog "
Le parler québécois" (que je ne connaissais pas, mais que j'ai mis dans mes favoris pour le découvrir un peu plus) :
Plotte : balle ou pelote de neige que le sucrier trempe dans la tire pour déterminer si la tire est prête. Elle fige en calotte.Quelques explications pour comprendre cette dernière définition : la tire, c'est du sirop d'érable chauffé pour le faire épaissir. On le fait couler sur de la neige, et on l'enroule autour d'un baton pour le manger comme une sucette (ou un suçon comme on dit ici)



Mmmmh, c'est bon! ;-) (avec cette photo, j'imagine très bien Pao mangeant une tire d'érable... en 2010...)
Donc, plotte désigne la boule de neige qu'on trempe dans la tire, c'est une calotte... On n'est pas loin de mon idée de testicule, quand même!
Voilà pour les explications sur l'expression.
Quant aux réactions : le Premier Ministre a feint de ne l'avoir jamais entendu
"Je n'ai pas très bien compris. Est-ce que ça m'offusque? Dans le contexte français, ça n'a probablement pas la même signification" (et vlan pour les français)
L'attachée parlementaire du député, québécoise, s'est platement excusée et a expliqué comment s'est arrivé dans la conversation :
«On voulait simplement lui dire un petit mot de bienvenue en québécois, un truc vraiment très amical. Et parmi tout un lexique dans le site de Couleurs Québec, il y avait notamment l'expression «avoir la
plotte à terre» pour dire «être très fatigué».
Qu'est-ce que c'est bien internet!
D'autres se sont défoulés sur les français (
Stéphane Laporte dans Cyberpresse) :
Français, Françaises, lisez ceci. Sérieusement. Je sais que ce n’est pas facile pour vous de prendre un Québécois au sérieux. Les Québécois vous font rire. Vous nous trouvez marrants avec notre accent. Et nos expressions truculentes. On est des Ch’tis version extrême. Des Och’tis!
Quand Barack Obama ira visiter votre Sénat, un député le recevra-t-il en utilisant une expression typiquement américaine: «What the fuck, Mister President?» Sûrement pas. Alors pourquoi avoir demandé à Charest s’il avait la plotte à terre? Vous qui vous drapez dans le décorum et les formules de politesse, vous qui êtes si distingués habituellement, pourquoi en présence d’un Québécois, fût-il même le premier ministre, vous relâchez-vous comme si vous aviez déjà gardé des cochons ensemble?
Le député Lasbordes a expliqué sa familiarité en disant que c’est un ami québécois qui lui a suggéré d’aborder notre PM ainsi. Que ça mettrait l’indigène à l’aise. N’importe quoi. Si un ami français d’André Arthur lui propose de saluer le président français, à sa prochaine visite à la Chambre des communes, en lui lançant: «Comment va le connard à Carla?», Arthur risque d’avoir assez de discernement pour juger que ce n’est pas une bonne idée. Alors comment se fait-il que des êtres aussi cultivés et éloquents que vous se permettent de tels impairs?
Vous avez beau être éduqués et couverts de diplômes, ne parle pas québécois qui veut. Cessez d’être guidés par votre condescendance à notre égard. Vous n’êtes plus la mère patrie. Vous êtes la mère partie. L’enfant s’est débrouillé tout seul. Et cela a donné ce que cela a donné. Sarkozy n’a pas à savonner les souverainistes québécois, pas plus que de Gaulle n’avait à les encenser. Nous ne sommes plus la Nouvelle-France. Nous sommes le Québec ou le Canada ou l’Amérique. On ne le sait pas trop, mais c’est de nos affaires. Daniel Johnson père ne disait pas au Général quoi faire avec l’Algérie. Jean Charest ne dit pas à Sarkozy quoi faire avec les sans-papiers. Nos bébelles, ce sont nos bébelles. Votre truc, c’est votre truc. Respect, les mecs!
De toute façon, au rythme où vont les choses, un jour ou l’autre, c’est certain, on va le gagner, votre respect. Vous ne vous moquerez plus de notre accent. Vous ne détournerez plus nos expressions pour faire rire la galerie. Vous nous comprendrez enfin. Vous nous traiterez avec tous les égards. Et ce jour est pour bientôt. C’est le jour où tous les Québécois parleront anglais. A few days after, it will be your turn.
Ca m'a fait marré quand j'ai lu ça, d'un côté, c'est pas complètement faux.... mais pour certains français. C'est ridicule de nous mettre tous dans le même panier, faut pas exagérer. Sur les milliers de français qui sont au Québec, je ne pense pas que ce soit la mentalité de la majorité d'entre nous... faut arrêter de stigmatiser le "Maudit français"! Et puis tout ça, sur une erreur d'un député qui n'était pas mal intentionné, juste ignorant et maladroit. On dirait qu'il ressort de vieilles rancoeurs pas encore digérées.
Voici une petite caricature pour finir, ici c'est plutôt moqueur que méchant contre les français. Un autre sujet sensible y est abordé que je n'ai pas encore eu le temps de vous raconter : la reconstitution de la bataille des plaines d'Abraham (défaite française), autre pataquès québécois!